22.01.2007
Odeurs
L'odeur des chevaux
Voilà une odeur qui ne met pas tout le monde d'accord. Demandez à la plupart des gens amoureux des chevaux, ils vous diront que c'est un parfum exquis. L'odeur du cheval, c'est un ensemble d'odeur de paille, de sable, de crottin, et bien sûr du cheval lui même auquel s'ajoute parfois l'odeur des cuirs de sellerie. Par contre demandez aux personnes qui ne s'y entende pas au monde du cheval ou ne le connaissent pas bien, cette odeur leur sera en général désagréable.
Je me surprends souvent à respirer mes mains en rentrant chez moi après avoir occupé une partie de mon temps auprès des chevaux c'est un parfum formidable, je n'ai qu'à fermer les yeux et respirer mes mains pour me replonger dans l'écurie, je me sent encore entourée de toute cette atmosphère que j'apprécie tant.
Je pense qu'il en va un peu de même pour l'odeur des livres, une odeur moins forte mais tout aussi envoûtante. En revenant de la bibliothèque je ne pourrais pas respirer mes mains et me retrouver entourée de l'atmosphère de la bibliothèque… mais entrez dans une petite librairie, dans une vieille bibliothèque, ouvrez un nouveau livre mais aussi le vieux livre qui n'a pas été lu depuis des années. Ils ont une odeur que les amoureux des livres aiment à respirer.
Je ne suis pas sûr d'être devenue bibliothécaire parce que j'aime lire mais plutôt parce que j'aime "le livre" cet objet me fascine, j'aime en avoir plein chez moi, j'aime être entourée de livres même si je ne les lis pas tous. Les livres sont des amis, les avoir près de moi c'est être entouré d'une présence rassurante et pourtant silencieuse. Et leur odeur est tout aussi précieuse.
Il existent deux autres odeurs qui tentent de rivaliser avec le cheval et le livre, c'est le vin et le cuir. Je dirais que ces odeurs ont quelque chose d'ancien, d'historique qui nous replonge dans des temps ancestraux. Mais j'allais oublier le bois qui contribue certainement à la bonne odeur qu'ont les livres. Faire un tour dans un atelier de menuiserie régale tout autant mon nez et mon esprit.
Et vous quelles sont vos odeurs préférées?
22:25 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : odeurs, cheval, livres, vin, cuir, bois
06.11.2006
Ils ont pendu des taupes
Un beau dimanche de novembre parfait pour une promenade dans un coin de Hainaut. Au départ d’Ormeignies, nous partons à six sur les chemins de campagne, avec nous, trois marcheurs qui vont trop vite pour vraiment profiter du paysage, deux qui parlent beaucoup mais qui savent s’arrêter pour admirer la nature. Et moi qui m’arrête devant tous les animaux que je rencontre. Notre première rencontre, un cheval bai un peu maigre mais sympathique, sa prairie n’est pas très fournie alors je me charge de lui donner un peu d’herbe fraîche qui vient de l’autre côté de la clôture (là où c’est toujours meilleur). Je lui donne toutes les touffes d’herbes grasses que je trouve sur le chemin, je vais même un peu plus loin pour venir lui en rapporter.
Mais un peu plus loin c’est une belle jument grise qui se dit qu’elle aurait probablement à y gagner à venir me dire bonjour. Je continue donc ma récolte d’herbes fraîches pour la demoiselle grise alors que je fais mes adieux au petit cheval brun. Quand j’ai eu terminé, mes cinq amis promeneurs étaient déjà bien loin. Pas grave, moi, je me suis fait de nouveaux amis et puis de toute façon je fini toujours par les rejoindre... à moins que ce ne soit eux qui m’attendent.
Le vent souffle et fait mal aux oreilles, on arrive à la sortie d’un village (Moulbaix) quand on aperçoit cette vision macabre, sur le long de la route deux arbrisseaux qui n’avaient probablement jamais demandé à être complice de telles atrocités, se retrouvaient décorés de lugubres cadavres de taupes accrochés par des ficelles.
Il y en avait bien une dizaine pendues là, les malheureuses avaient dû installer leurs abris sur le territoire d’un fou hanté par la présence de petit tas de terre dans son beau jardin ? Mais pourquoi ?
On connaissait les vieilles traditions qui faisaient clouer de pauvres chouettes aux portes pour chasser les mauvais esprits. Mais n’est-ce pas une pratique que l’on attribue aux hommes du Moyen-Âge... limite jusqu'à la fin du 19ème siècle.
La personne qui a pendu ces taupes n’allait quand même pas croire qu’en les pendant à l’entrée de son village, elle allait réussir à faire fuir toutes les autres ? Cela pouvait encore parfois dissuader les voleurs et meurtriers d’entrer dans un village quand des pendus montraient l’accueil qu’on réservait aux criminels... et encore.
Non je ne vois vraiment pas l’utilité d’exhiber ces pauvres petites bêtes qui ne font qu’essayer de vivre dans ce monde que les hommes estiment hélas toujours être leur propriété.
Nous avions prévu de manger un peu après ce village mais cette vision nous a fait perdre un peu l’appétit et nous avons continué sur plusieurs kilomètres avant de nous décider à pique-niquer.
Une fois nos estomacs remplis nous avons repris la route et voilà qu'un chien roux plein de puces se met sur notre chemin, puces ou pas puces, ce chien a l’air vachement sympa il n’en faut pas plus pour que je me mette à le gratouiller de partout, le chien content fini par s’asseoir, et finalement se retrouve complètement couché avec la patte « reflex gratouille » qui vient aider ma main à savoir quel rythme, elle doit prendre. (je suis sûre que vous avez tous déjà vu une patte « reflex gratouille s’agiter quand vous caressez un chien ou l’autre).
On retrouve un autre cheval blanc, très en forme qui a encore plein d’herbe grasse dans sa prairie.... du coup ça ne sert à rien d’essayer de l’attirer avec de l’herbe… ah si seulement j’avais une carotte… Mais le cheval vient quand même à notre rencontre et comme je n’ai rien à lui offrir à manger je me contente de lui gratouiller la crinière ce qu’il a l’air d’apprécier … plus ou moins, mais on dirait qu’il aime surtout jouer et Céline s’amuse à lui faire des grimaces pendant que je les prends tous les deux en photo.
Une petite vache qui habite à côté semble avoir des démangeaisons dans le derrière à force de se gratter contre l’écorce d’un arbre... Ca y est on a encore perdu les trois grands marcheurs qui ne s’arrêtent jamais et cette fois c’est sûr on ne les rattrapera pas. Car un peu plus loin deux petits cadichons tout mignons auront encore raison de nous. Pas moyen de ne pas s’arrêter, l’un d’entre eux (celui qui s’emblait le plus content de nous voir) avait des sabots un peu trop long qu’il faudrait bien parer un jour ou l’autre mais est-ce que les propriétaires des ces petits ânes étaient au moins au courant qu’avoir des ânes ne signifie pas uniquement leur donner une prairie mais aussi de devoir les soigner et entre autre faire venir un maréchal ferrant pour leur couper les ongles...
Enfin laissons leur le bénéfice du doute peut-être le savent-ils c’est juste qu’ils mettent un peu trop de temps pour le faire. Il est vrai que Bintje (mon cochon d’Inde) a parfois ses ongles bien long avant que je ne les lui coupe mais c’est pour être sûr de ne pas lui couper plus que ces petites griffes.
Voilà la promenade s’achève les trois marcheurs nous attendent depuis vingt minutes près des voitures. Sur le chemin du retour on repasse devant le petit cheval bai alors que son maître lui donne une bonne brassée de foin, en voilà un qui va être content ! Tiens à propos de collation, nous voilà à Huissignies pour prendre des cookies home made de ma sœur autour d’un petit café, d’un thé d’un milk-shake ou d’une bonne bière au choix… Jolie promenade mais quand même … pauvres petites taupes.
14:45 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : taupe, promenade, chien, cheval, hainaut, ormeignies, moulbaix
02.11.2006
La promenade d'un petit tombereau
Les grands parents ne sont plus là, on va vendre leur ferme... c'était le grand nettoyage il y a peu. Et il y en avait des choses accumulées dans cette ferme.
Tout vieux et enfermé depuis une éternité dans un grand hangar, un petit tombereau m’attendait. Ce tombereau un peu mangé par les vers, un peu pourri, m'a fait de l'œil, tout comme le vieux harnais d'un cheval que même mon père ne se souvenait pas avoir connu. Il est si loin le temps où la ferme fonctionnait encore avec un bon vieux cheval. Personne d'ailleurs ne se souvient de son nom. Le petit tombereau lui aussi a oublié le cheval qui l'emmenait par delà les champs. Petit tombereau a encore connu une belle époque derrière un des premiers tracteurs. Puis on l'a abandonné lui aussi pour réapparaître aujourd'hui un peu pouilleux mais toujours entier.
Il n'a connu que le pays de Herve et hier il entamait son plus long voyage de Julémont (province de Liège) jusqu'à Ath (province du Hainaut) sur une autoroute. Bon sang ! pas facile de remuer toutes ces articulations après tant d'années. Les roues se sont quand même laissées faire et ont bien voulu grimper sur la remorque malgré quelques réticences. Et voilà petit tombereau harnaché à une Kangoo et sortit à toute allure hors du hangar à la lumière d'un jour au départ ensoleillé mais très venteux. Le voilà embarqué peut-être pour une nouvelle vie.
Jamais il n'avait été aussi vite, c'était le grand huit pour lui, jamais autant de gens ne l'avaient autant regardé, tous les yeux se tournaient vers lui dans les voitures qui nous dépassaient. Du haut de cette remorque, il faisait sensation sur l’autoroute, il était fier le petit tombereau. Mais il ne comprenait pas bien, lui qui n'avait plus connu la pluie depuis des décennies se faisait éclabousser de partout.
Puis sur une aire d’autoroute il rencontra des géants qui disaient se nommer « camions » ils avaient plein de roues alors que petit tombereau n’en avait que deux, ils étaient tout en métal alors que lui n’était presque fait que de bois. Ces géants semblaient pouvoir vaincre des millénaires par rapport à lui qui avait déjà du mal à passer un siècle. Pourtant ses amis camions lui avaient soufflé qu’ils étaient très vite mis au cimetière et que parfois leurs carcasses servaient à réparer des camions plus neufs qu’eux. Bref les camions semblaient dire à petit tombereau qu’il avait bien de la chance d’être encore entier alors qu’on aurait pu le brûler un jour d’hiver où il faisait trop froid. A ces mots, petit tombereau pensa à tout ses frères qui devaient avoir subi ce mauvais sort. Il pleura un peu mais comme il pleuvait personne n’a rien remarqué.
Dans la soirée le convoi arrivait enfin en pays d’Ath. Petit tombereau aimait sentir le vent lui caresser les roues. Quand il repris conscience, il était dans un jardin où plutôt une cour, on venait de refermer une grille derrière lui. Qu’allait on faire de lui maintenant ? Des personnes s’acharnaient à défaire tous les liens qui le fixaient à son piédestal puis lentement on le fit descendre, il sentait que sa journée exceptionnelle se terminait. On commençait à le pousser vers un garage. Mais petit tombereau ne voulait pas retourner dans un garage, il ne voulait plus qu’on l’abandonne. Là je lui ai chuchoté quelques mots, et je lui promettais qu’un jour, quand j’en aurai les moyens, je m’occuperai de lui, je lui redonnerai une vie nouvelle, plein de rires d’enfants, de hennissements de chevaux et d’odeur de fleurs des champs. Petit tombereau me dit qu’il ne pouvait rêver mieux mais il n’arrivait pas à me croire et ne voulait pas que je le laisse. Combien de temps vas-tu me laisser ici ?… quand pourrais-je de nouveau voir le ciel bleu et ces cris d’enfants dont tu me parles? Ne me laisse pas tout seul, je ne veux plus qu’on m’oublie.
Je lui ai dis que je parlerai de lui au monde entier comme ça personne ne l’oubliera, mais que je ne l’abandonnerai pas, je viendrai le rechercher et le soigner du mieux que l’on peut mais que pour le moment je ne pouvais rien faire de mieux que lui offrir un garage d'où il pourra bientôt entendre des cris d’enfants.
Je l’ai vu reprendre espoir, au moins il ne serait plus dans un hangar où l’on n’entendait que le vent. Maintenant il entend les gens qui passent dans la rue, les voitures qui ne manquent pas de le saluer en passant et bientôt des cris de joies d’enfants… Avant que je ne referme la porte il m’a salué de tous ses craquements de bois. Il m’a dit « je compte sur toi pour réaliser le rêve que tu m’as décris, je te fais confiance et même si ça ne marche pas je suis sûr que tu auras au moins essayé et je t’en remercie. Maintenant, tu peux me laisser, je vais dormir avec des tas de beaux rêves mais n’hésites pas à venir me réveiller de temps en temps que je sache que tu ne m’oublies pas » Je lui fis un clin d’œil et refermais le volet avec un petit pincement au cœur … Serai-je vraiment, un jour capable de lui offrir ce que je lui avais promis ?
18:40 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Tombereau, cheval, voyage, charette








